À mon corps – Livre d'artiste

| À propos de "À mon corps" |

En 2019, j’ai collaboré avec Clément Le Tulle-Neyret, designer graphique, afin de créer un objet éditorial avec l’ensemble de mon projet photographique « À mon corps ». Ce livre est l’achèvement d’un travail de plus de dix ans sur le corps.

Pour la conception du livre, Clément a décidé de trouver un protocole de travail qui reflétait la manière avec laquelle j’ai photographié mes modèles afin de traduire mon geste photographique au sein d’un espace éditorial. De ce protocole découlent des choix pragmatiques de placement d’images, d’un certain nombre d’images dans la page, etc. Chacune des parties du travail bénéficie d’une monstration qui lui est singulière.

Les éléments textuels présents dans le livre ont été insérés comme des encarts sur un format et des papiers différents du reste de l’ouvrage afin de mettre en avant qu’ils sont des éléments rajoutés à l’intention éditoriale de départ. Les pages de textes sont satellitaires au travail, elles l’accompagnent, elles en apportent une lecture ainsi que les informations afférentes.

La conception du livre devait également prendre en compte certaines contraintes techniques que j’avais posées. Je souhaitais en effet réaliser moi-même l’impression et le façonnage de l’ouvrage. Il fallait donc imaginer un livre qui puisse s’inscrire dans ce parti-pris, un livre qui ne serait pas réaliser en imprimerie mais avec des imprimantes pigmentaires, dont la reliure ne serait pas exécutée par des machines, mais par mes seules mains.

En matière d’édition, la question du papier est un point extrêmement important pour moi. C’est la première chose à laquelle je fais attention lorsque j’ai un ouvrage entre les mains (ça et dans quel sens de la fibre il a été imprimé !). La vue n’est pas le seul sens que nous utilisons quand nous appréhendons un livre. Un livre est aussi un objet que l’on va tenir entre les mains, que l’on va ouvrir, toucher, manier, etc. Faire une édition autoproduite à très faible tirage a l’avantage de permettre une grande liberté dans le choix des papiers. J’ai pu ainsi travailler avec des références auxquelles je tenais particulièrement, notamment pour la reproduction des images.

Pour la réalisation du livre, j’ai eu la chance de pouvoir utiliser les imprimantes et les outils de l’atelier de photographie et microédition – dont j’étais en charge à l’époque – à l’École européenne supérieure de l’image de Poitiers. Pour l’impression des images, il m’a fallu plusieurs semaines de recherches et de tests afin de trouver les bons réglages pour faire travailler ensemble un papier et une imprimante venant de deux univers différents et n’étant à la base pas forcément destinés l’un à l’autre. Cependant, pour les textes, ce mode d’impression pigmentaire ne fonctionnait pas, les caractères étaient dilués dans le papier. J’ai dû passer sur un autre type d’impression amenant son nouveau lot de contraintes techniques, mais qui assurait la précision et la finesse dont méritait le caractère typographique que nous avions choisi.

La reliure était une étape qui me tenait vraiment à cœur. J’avais un an auparavant reçu une exceptionnelle formation à l’Atelier Dreieck où j’avais pu apprendre les premiers rudiments de la reliure. Au-delà de l’apprentissage d’une technique, je suis tombée complètement amoureuse de cette pratique. Et après m’être fait la main pendant plusieurs mois – notamment en partageant les techniques apprises avec mes étudiants à l’ÉESI – j’étais prête à m’attaquer à la reliure de mon livre. J’ai opté pour la couture copte, une couture simple mais demandant un long temps d’exécution – 3 heures par ouvrage – afin d’assembler avec précision les 16 cahiers de formats différents qui composent le livre.

À mon arrivée à Paris en 2006, je me souviens avoir sillonné pendant plusieurs mois les allées du Louvre une fois par semaine en sortant du labo photo dans lequel je travaillais à l’époque. Au-delà de découvrir l’ensemble de la collection du musée, je m’intéressais particulièrement aux peintures et notamment celles du XIXe siècle. J’étais en quête de modèles de représentation du corps féminin, des modèles répondant à d’autres normes que celles actuelles dans lesquelles je ne réussissais pas à m’inscrire. Ces tableaux ainsi que certains travaux des débuts du médium photographique ont profondément nourri mes « Études » – premier volet de « À mon corps » – composée de 20 autoportraits.

Lors des réflexions sur la conception de l’édition, Clément a amené l’idée d’intégrer ces modèles et inspirations au livre afin de permettre aux lecteurs d’avoir davantage d’entrées dans mon travail.

Ce livre m’a permis de mettre une fin sur un travail photographique de plus de dix ans. Il m’a permis également de voir ce travail avec un regard nouveau. En effet, je m’étais habituée à mes tirages instantanés présentés au mur, dans leur cadre en chêne, avec leur marie-louise blanche. Et même si la scénographie de « À mon corps » a évolué au fil des années, les images restaient articulées entre elles d’une même façon.

Avec cet ouvrage, mes images sont sorties de leurs cadres, ont laissé de côté leurs marges – caractéristique des tirages instantanés – et se sont mises à exister autrement, dans un nouvel espace. Le geste graphique et éditorial de Clément au sein de cette collaboration n’a pas été de reproduire dans un livre ce que je mettais au mur, il a proposé un autre regard, une nouvelle lecture possible de ce travail. L’édition n’est pas une restitution de l’exposition, elle devient une pièce autonome et constitutive à part entière de « À mon corps ».


Édité à 30 exemplaires
Format 23,6 x 30 cm - 192 pages

Conception éditoriale et mise en livre
Clément Le Tulle-Neyret

Textes
Isabelle Leprince
Régis Figarol

Impression et façonnage manuel
Flore Tricotelle

Papiers
Munken Print White 18 115 g/m2 (Arctic Paper)
Savile Row Plain Aubergine 300 g/m2
Tintoretto Ceylan Cumino 95 g/m2
Materica Terra Rossa 120 g/m2 (Fedrigoni)

Édité par
Adoxa Compagnie et Éditions
Les Éditions Picotelle