À mon corps

2008-2014 - Ensemble de 245 tirages instantanés 8,5x10,3 cm présentés par séries.

“Ré-approprions-nous l’image de notre corps, quel qu’il soit. Regardons-le pour ce qu’il est et pour ce qu’il a de beau.”

Quelle place ont nos corps dans un monde inondé d’images de femmes et d’hommes aux mensurations de plus en plus standardisées et normées ? C’est la question que je me pose en commençant le travail NOS CORPS en 2008.

Nourrie par la représentation féminine dans la peinture à travers les siècles, et particulièrement celle du 19ème siècle, j’éprouve dans un premier temps le besoin de travailler sur ma propre image, et je réalise une série de vingt autoportraits, nue, de dos. Telle des académies, l’idée est de regarder mon corps, tel qu’il est, sans artifice, sans maquillage, juste un corps. Le regarder bouger, se modifier selon les poses, devenir un corps indépendant, hors du temps, hors des diktats actuels de beauté.

Puis, ma réflexion s’étend au-delà de mon corps, à d’autres corps. Je photographe ainsi plus de 70 personnes, hommes, femmes, de tous les âges, de tous les corps, individuellement et en couple.

En rassemblant les images en plusieurs séries, s’installe progressivement un dialogue entre les corps. Le regard peut observer l’ensemble, puis peut passer d’un corps à l’autre. Chaque corps révèle alors sa différence, sa singularité, et en même temps, petit à petit ces différences s’estompent, disparaissent, ce ne sont plus ‘‘des’’ corps, mais un seul corps, pour lequel toute tentative de comparaison et toute volonté de norme n’a pour moi plus aucun sens.

En plus de ces trois séries individuelles, je fais poser également des couples, dans une pose simple, de dos, côte à côte, afin de voir comment ce dialogue des corps opère entre deux personnes partageant une même intimité.

Je m’éloigne volontairement des représentations hyper-sexualisées des corps qui investissent de plus en plus notre espace visuel contemporain. Je joue de la limite entre féminin et masculin, seul compte le corps, peut importe le genre. Et à l’heure de la dématérialisation de l’image et de sa reproduction à l’infinie via les réseaux d’internet, je choisis l’utilisation du procédé de tirage instantané, garant d’une image originale unique et d’un rapport intime et physique avec la représentation du corps